Carnet Les Invasions EphémèresCe soir, je vous propose de débattre gaiement sur un billet que j’ai lu aujourd’hui et qui m’a interpelée. Attention, ça ne parle pas de mode, où alors de très très loin (bon, ok, je vous citerai un nom de modasse dans l’article, histoire que vous ne soyez pas déçus, promis).

Cet article, intitulé « Tweest, les journalistes et le LOL« , a été publié par Henry Michel (blogueur, twitterer et rédacteur sur Bien Bien Bien, entre autres) la semaine dernière, à l’occasion du lancement de Tweest, nouveau service inauguré par LePost.fr et destiné à permettre aux lecteurs du journal en ligne de suivre des comptes Twitter de politiques et de journalistes français, sans avoir besoin de s’abonner à Twitter. Une sorte de vulgarisation de Twitter, si l’on veut.

Bref, sans vous paraphraser son article, Henry Michel y explique (en très gros) qu’il craint que ce service ne menace le mode d’expression des journalistes sur Twitter, lesquels journalistes n’étaient pas réellement jusque là des modèles de communication corporate pour leurs supports de presse sur Twitter. En d’autres mots, les journalistes, depuis longtemps sur Twitter, ont pris leurs aises sur ce média et ont une liberté de ton qu’il ne serait pas forcément de bon ton d’exposer au grand public sur Le Post.

Comme le dit Henry Michel, les journalistes et les politiques ont d’ailleurs une façon bien différente d’appréhender Twitter. Pour les politiques, qui n’utilisent pas Twitter comme une cour de récré virtuelle, Tweest sera bien moins gênant : « Au politicien, récemment arrivé sur twitter, on ne la fait pas. Il n’y a pas de twits en l’air. Tout est calculé. Les pseudo-confidences, les twitpics de potaches, les remarques de comptoir, ont absolument toutes un but : la victoire électorale. (…) Le journaliste, par contre, est sur twitter depuis bien plus longtemps, et pour prendre un terme de la télé-réalité, il a oublié la camera. (…) Tous les petits camarades de déconnade que j’ai pu me faire sur twitter, je les ai d’abord aimé pour ce qu’ils étaient, en dépit total du magazine, journal, ou chaine de télé pour lesquels ils travaillaient. »

Ayant commis l’erreur l’été dernier de penser que j’apprendrais beaucoup en suivant tout un tas de journalistes « sérieux » sur Twitter, je ne peux qu’être d’accord avec le constat de départ d’Henry Michel : suivre un journaliste sur Twitter, c’est bien différent de suivre un journal sur Twitter.

Tweest Le Post

Le journaliste sur Twitter, à de rares exceptions près, c’est un peu un gamin qui fait mumuse avec ses copains. Pour Henry Michel, cela a un nom : « le lol-journalisme ». Oui, ça en dit long.

Sans entrer dans un laborieux récit de tous les comptes Twitter que j’ai suivis et ne suis plus, ou en tout cas plus du même œil, je vous invite à aller visiter quelques uns d’entre eux, pour n’en citer que trois : Eric Mettout, rédacteur en chef de LExpress.fr, Xavier Ternisien, journaliste au Monde, ou Alex Hervaud, journaliste pour Ecrans.fr et Télérama. Vous admettrez que le ton que vous y trouvez est bien différent de celui des journaux de ces messieurs. Du débat, des messages privés, des replies en masse, et pas toujours des plus fines… Ça, c’est sûr, on n’est plus dans le style journalistique. (Pour la minute modasse, vous noterez que je suis toujours le compte Twitter d’Anne-Laure Pham de L’Express.fr Styles, comme quoi, on ne se refait pas !)

Cela dit, ce qui est sûr aussi, c’est que n’importe quelle entreprise (excluons tout de même les web agencies et autres communicants, aguerris à ce genre d’exercice) dont les salariés twitteraient de la sorte, et en affichant clairement le nom de leur entreprise, en prime, en pâlirait certainement d’effroi.

Tweest Le Post

La question qui se pose maintenant est donc la suivante : un journaliste doit-il se comporter comme n’importe quel bon employé d’entreprise et déposer ses blaguounettes au vestiaire dès lors qu’il communique sur Internet et de manière publique sous le nom du support qui l’emploie ? Ou au contraire, comme le suggère Henry Michel, faut-il tout révolutionner et « faire comprendre qu’un bon journaliste est avant tout un homme ou une femme humoriste à mi-temps » ?

Pour Henry Michel, peut-être sommes nous en train d’assister au passage de l’ère des journalistes « sérieux » à une ère des journalistes « drôles ». Personnellement, je ne sais pas si je suis vraiment prête à passer ce cap tout de suite, mais je trouve en tout cas le débat intéressant !

Alors, votre avis ?
Le journaliste est-il un salarié comme les autres ou a-t-il gagné le droit (et la légitimité) de « loler » en paix sur Twitter ?

Photo du haut : Invasions Ephémères, Rebecka Oftedal